Colomb-Béchar : histoire et rôle militaire de la base aérienne 145 pendant la guerre d’Algérie

La base aérienne 145 de Colomb-Béchar soutenait les essais de missiles du CIEES pendant la guerre d’Algérie.

  • Colomb-Béchar devient poste militaire en 1906 pour sécuriser le Sahara.
  • Après 1945, le CIEES expérimente missiles et prototypes balistiques dans le désert.
  • La base aérienne 145 assure le transport et la logistique de 1952 à 1962.
  • Elle accueille des appareils de transport et de liaison vers la métropole.
  • Le CIEES est restitué le 1er juillet 1967.

Histoire et contexte militaire de Colomb-Béchar

Les origines et la fondation du poste militaire

  • Première incursion par l’officier Colomb en 1870 : Un lieutenant du nom de Colomb explore la région saharienne pour le compte de l’armée française.
  • Choix de l’oasis en 1903 : Les militaires sélectionnent ce point d’eau stratégique pour y établir un poste avancé dans le sud oranais.
  • Occupation effective de la région en 1906 : Après plusieurs années de reconnaissance, l’armée prend le contrôle définitif du site en y installant une garnison permanente.
  • Nom officiel « Colomb-Béchar » dès 1905 : La localité reçoit son nom en hommage à l’officier Colomb et à la tribu des Béchar, marquant l’empreinte française dans la région.

Le choix de Colomb-Béchar n’est pas un hasard. Dès 1870, l’officier Colomb parcourt cette zone désertique pour le compte de l’armée française. L’oasis, située aux portes du Sahara, devient rapidement un point de contrôle incontournable. En 1905, le nom de « Colomb-Béchar » entre officiellement dans l’usage, avant que l’occupation ne soit effective dès 1906. Ce poste militaire sert alors de base arrière pour sécuriser les routes caravanières et surveiller les marges sahariennes.

L’importance stratégique après la Seconde Guerre mondiale

Après 1945, Colomb-Béchar prend une dimension nouvelle. L’armée française, qui doit moderniser son arsenal, cherche un site isolé pour expérimenter de nouveaux systèmes d’armes. Le vaste désert environnant offre un terrain d’essai idéal. C’est ainsi que naît le CIEES (Centre interarmées d’essais des engins spéciaux), un centre dédié aux missiles et aux prototypes balistiques. Parallèlement, la base aérienne 145 se développe pour soutenir ces activités. Elle accueille des appareils de transport et de liaison, reliant la métropole aux confins du Sahara. Cet ensemble militaire devient un rouage essentiel de la présence française en Afrique du Nord.

La base aérienne 145 et ses installations clés

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Installation Rôle principal Période d’activité Fait notable
Base aérienne 145 Support logistique et transport 1952 à 1962 Relique avion Général Leclerc réaménagé
CIEES Essais de missiles et engins spéciaux Fin des années 1940 à 1967 Restitué le 1er juillet 1967
Piste d’atterrissage principale Accueil avions de transport et de combat Opérationnelle dès 1906 Porte du ciel pour le Sahara

Le Centre interarmées d’essais des engins spéciaux (CIEES)

Au cœur du dispositif militaire de Colomb-Béchar se trouvait le CIEES, un centre unique en son genre. Créé dans l’immédiat après-guerre, il permettait à la France de tester ses nouveaux systèmes d’armes et missiles dans l’immensité saharienne. Les ingénieurs et techniciens y travaillaient sur des engins spéciaux, loin des regards, dans des conditions climatiques extrêmes. La base aérienne 145 servait de hub logistique pour acheminer le matériel et le personnel nécessaire à ces expérimentations.

Un site restitué aux autorités algériennes

Avec la fin de la guerre d’Algérie et les accords d’Évian, le sort de ces installations fut scellé. Le 1er juillet 1967, les autorités françaises remirent officiellement les champs de tir sahariens aux Algériens. Pour les appelés du contingent dont beaucoup ignoraient la nature exacte des essais le départ de ces bases marqua la fin d’une dizaine de mois de service dans le désert. Les installations, notamment la piste historique ouverte dès 1906, furent alors définitivement fermées aux forces françaises.

Vie des appelés du contingent à Colomb-Béchar

Lorsque l’on évoque les 1 101 585 appelés du contingent (soit près de 77,62 % des effectifs français en Algérie), leur quotidien à Colomb-Béchar mérite une attention particulière. Loin des grandes opérations de pacification, ces jeunes soldats vivaient une expérience singulière, rythmée par des conditions matérielles précises et un encadrement militaire strict. Voici les aspects concrets de leur séjour dans cette base saharienne.

  • Solde d’un caporal-chef : 599,40 NF/mois En février 1962, un caporal-chef percevait 550,80 NF de solde de base, auxquels s’ajoutaient 48,60 NF d’indemnité de charges militaires. Cette somme, conséquente pour l’époque, représentait un véritable pouvoir d’achat pour un jeune homme.
  • Séjour moyen : 10 mois sur place La durée d’affectation à Colomb-Béchar était de 10 mois, une période suffisamment longue pour s’imprégner des lieux mais courte comparée aux 24 mois que certains appelés devaient passer sous les drapeaux en durée totale.
  • Âge moyen des appelés : 22 ans Les soldats envoyés à Colomb-Béchar étaient nés entre 1932 et 1943. L’âge de 22 ans, comme celui de l’appelé Jean-Paul Grauffel, était la moyenne. Beaucoup découvraient pour la première fois le désert et l’éloignement familial.
  • Journal Le Bled : 300 000 exemplaires/semaine Entre 1955 et 1962, l’hebdomadaire Le Bled était distribué à 300 000 à 350 000 exemplaires chaque semaine. Ce journal était une bouffée d’air pour les appelés, leur apportant nouvelles de France, conseils pratiques et humour.
  • Restitution des champs de tir : 1er juillet 1967 Bien après le cessez-le-feu, le 1er juillet 1967 marque la date officielle de restitution des champs de tir sahariens par la France. Les appelés qui étaient passés par Colomb-Béchar avaient donc contribué à des installations militaires qui serviraient encore plusieurs années.

Pour les appelés, la vie à Colomb-Béchar oscillait entre la routine militaire et la découverte d’un environnement unique. Les 550,80 NF de solde permettaient d’envoyer de l’argent à la famille ou d’acheter des produits locaux. Le journal Le Bled, véritable lien avec les copains du contingent, alimentait une mémoire collective que des témoignages comme ceux de Pierre Schoendoerffer (dans son entrevue télévisée de 1982) ont contribué à préserver.

Contexte général et mémoire de la guerre d’Algérie

La guerre d’Algérie a mobilisé 1 419 125 militaires français, dont 77,62 % d’appelés du contingent. Ces jeunes hommes, nés pour la plupart entre 1932 et 1943, ont été projetés dans un conflit complexe. L’âge moyen d’un appelé comme Jean-Paul Grauffel était de 22 ans pour un séjour typique de 10 mois à Colomb-Béchar.

Les pertes humaines restent lourdes : 23 196 morts et 60 188 blessés. Parmi les décès, 55,9 % sont survenus au combat et 34,7 % par accident. Le 1 101 585 appelés ont payé un lourd tribut avec 7 349 morts au combat. Ces chiffres illustrent la violence du terrain saharien et les risques quotidiens encourus.

La mémoire de ce conflit s’est structurée tardivement. Le Titre de Reconnaissance de la Nation a été créé le 21 décembre 1974, tandis que la médaille d’Afrique du Nord date du 29 avril 1997. Le monument du quai Branly à Paris, érigé en 2002, honore les 2 800 000 appelés qui ont servi entre 1954 et 1962.

FAQ

Pourquoi Colomb-Béchar a-t-il été choisi comme site militaire ?

Colomb-Béchar a été choisi pour sa position stratégique de verrou frontalier sur la route du Maroc et pour son environnement désertique favorable aux essais nucléaires et aux manœuvres de l’armée française.

Quel dirigeant français a déclenché l’envoi massif de soldats en Algérie ?

Le président du Conseil Pierre Mendès France a lancé l’envoi massif de soldats du contingent en Algérie en 1954, rapidement suivi et amplifié par son successeur Guy Mollet en 1956.

Quelles motivations poussaient les harkis à s’engager aux côtés de la France ?

Les motivations des harkis incluaient un choix par fidélité personnelle, une opportunité économique et sociale dans un contexte de violence, ou une opposition aux indépendantistes du FLN.

Qui gouvernait la France durant l’ensemble de la guerre d’Algérie ?

La guerre d’Algérie a connu deux régimes politiques successifs : la Quatrième République de 1954 à 1958, puis la Cinquième République dirigée par le général de Gaulle de 1958 à 1962.